Le prénom Arthur désigne, dans la plupart des dictionnaires de prénoms, un anthroponyme masculin dont l’étymologie reste discutée par les linguistes. Deux grandes familles d’hypothèses coexistent : l’une rattache Arthur aux langues celtiques insulaires, l’autre au nom romain Artorius. Cette incertitude, loin d’être anecdotique, éclaire la circulation culturelle entre Bretagne armoricaine, pays de Galles et Grande-Bretagne au cours du Moyen Âge.
Artos, le radical brittonique qui précède la légende arthurienne
Avant d’évoquer le roi de la Table ronde, il faut remonter au matériau linguistique. Plusieurs spécialistes des langues celtiques, parmi lesquels Stefan Zimmer et Xavier Delamarre, proposent de décomposer Arthur à partir du brittonique artos, qui signifie « ours ».
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La reconstruction la plus courante associe artos à un second élément qui pourrait renvoyer à « homme » ou « roi », donnant un sens composite du type « homme-ours » ou « roi-ours ». Réduire Arthur à « ours » tout court, comme le font beaucoup de fiches prénom, est donc une simplification. Le radical artos portait une charge symbolique forte dans les sociétés celtiques, où l’ours figurait la puissance guerrière et la souveraineté.
Cette piste celtique explique pourquoi le prénom apparaît tôt dans les textes liés au monde brittonique, c’est-à-dire l’ensemble linguistique qui couvre le pays de Galles, la Cornouailles britannique et la Bretagne armoricaine. Le moine Gildas, l’un des plus anciens auteurs insulaires, est souvent mentionné dans les discussions sur les premières traces du personnage, même s’il ne cite pas Arthur nommément.
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Hypothèse latine : le nom romain Artorius et ses limites
L’hypothèse concurrente fait dériver Arthur du nom romain Artorius. Le général Lucius Artorius Castus, actif dans la Bretagne romaine, est le porteur le plus connu de ce patronyme. Certains historiens britanniques privilégient cette filiation, qui rattacherait le prénom à la présence militaire romaine sur l’île.
Le principal obstacle à cette théorie est d’ordre graphique. Les auteurs médiévaux écrivent systématiquement Art(h)ur ou Art(h)urus, jamais Artorius. Ce décalage entre la forme romaine et les attestations médiévales fragilise le lien direct. Si Artorius avait été la source unique, on attendrait au moins quelques occurrences sous cette forme dans les manuscrits gallois ou bretons, ce qui n’est pas le cas.
Les deux hypothèses ne s’excluent pas forcément. Une contamination entre un radical celtique préexistant et un nom latin a pu se produire dans le contexte bilingue de la Bretagne romaine. Trancher de façon définitive reste hors de portée des données disponibles.
Géographie culturelle d’Arthur : du pays de Galles à la Bretagne armoricaine
Cantonner l’origine du prénom Arthur à un seul territoire serait une erreur. Le nom circule dans un espace culturel large, que les médiévistes appellent le monde brittonique. Cet espace recouvre :
- Le pays de Galles, où les plus anciens poèmes gallois associent Arthur à un chef de guerre insulaire, et où la forme galloise du prénom reste attestée dans la tradition orale.
- La Cornouailles britannique et l’Écosse du sud, zones de langue brittonique où des toponymes liés à Arthur subsistent encore.
- La Bretagne armoricaine, qui partage avec le pays de Galles un fonds linguistique commun et où la forme bretonne Arzhur est documentée, même si elle demeure très rare à l’état civil récent.
Des variantes et des usages apparaissent aussi dans les contextes irlandais et scandinave, ce qui montre que le rayonnement du nom dépasse largement le cadre breton ou anglais. Les sagas nordiques ont véhiculé leur propre version du personnage, contribuant à diffuser le prénom dans le nord de l’Europe.

Diffusion médiévale du prénom Arthur et tabou sacré chez les Bretons
Un paradoxe mérite d’être souligné. Alors que la légende du roi Arthur naît dans le monde brittonique, les Bretons et les Gallois ont longtemps évité de donner ce prénom à leurs enfants. Sciences Humaines rapporte qu’Arthur était un « prénom trop sacré pour être donné aux Bretons et aux Gallois ». Le personnage légendaire, perçu comme un roi dormant destiné à revenir, rendait l’usage du nom quasi tabou.
C’est la littérature courtoise, notamment les romans de Chrétien de Troyes au XIIe siècle, qui a fait basculer Arthur du registre sacré vers le registre civil. En popularisant les aventures des chevaliers de la Table ronde dans toute l’Europe francophone, ces textes ont détaché le prénom de son aura interdite. Arthur est alors devenu un prénom « normal », d’abord dans les milieux aristocratiques anglo-normands, puis dans des cercles plus larges.
La figure historique d’Arthur de Bretagne (1187-1203), duc de Bretagne et rival du roi Jean sans Terre, illustre cette transition. Donner le nom Arthur à un prince breton au XIIe siècle relevait d’un acte politique autant que d’un choix de prénom. Il s’agissait de revendiquer l’héritage symbolique du roi légendaire pour asseoir la légitimité de la dynastie.
Pourquoi l’origine du prénom Arthur ne se résume pas à une seule langue
Les fiches prénom en ligne attribuent généralement à Arthur une origine « celtique » ou « celte », sans plus de précision. Cette étiquette commode masque la complexité réelle du dossier. Le celtique n’est pas une langue unique : il regroupe des branches distinctes (goidélique, brittonique) dont les trajectoires historiques divergent.
Arthur appartient spécifiquement au rameau brittonique, pas au rameau goidélique (irlandais, gaélique écossais). La nuance compte, parce qu’elle explique la répartition géographique ancienne du prénom : présent au pays de Galles et en Bretagne, absent des sources irlandaises primitives.
L’étymologie d’Arthur reste un terrain où coexistent hypothèses celtique et latine, sans qu’aucune n’ait définitivement éliminé l’autre. Cette ambiguïté fait partie intégrante de l’histoire du prénom. Elle reflète la réalité linguistique d’une Bretagne insulaire où latin impérial et langues brittoniques se sont mêlés pendant des siècles, avant que la légende ne prenne le relais de l’état civil pour diffuser le nom à travers tout l’Occident médiéval.

